Saint Guillaume

Guillaume de Corbeil

19 Janvier

Guillaume, archevêque de Bourges, appartenait à l'illustre famille des comtes de Nevers. Son instruction et son éducation ayant été confiées à l'un de ses oncles, archidiacre de Soissons, il devint, très jeune, chanoine des églises de Paris et de Soissons. Parvenu à l'âge adulte et désireux de se soustraire aux fardeaux du monde, il se retira dans la solitude de Grandmont ; avec quelle pureté de conscience il y vécut, l'attestation en fut faite devant le Pape Innocent III, au quatrième Concile général du Latran. A la suite de divisions survenues dans l'ordre de Grandmont, Guillaume, qui craignait pour la tranquillité de son âme, entra au monastère de Pontigny, de l'Ordre de Cîteaux. Après y avoir séjourné assez longtemps, il en fut nommé prieur ; puis il devint abbé de Fontaine-Jean et de Châlis, donnant à ses religieux l'exemple de toutes les vertus, spécialement de l'innocence et de la mortification.

Sur ces entrefaites, il arriva que l'église de Bourges, veuve de son pasteur, était divisée par le choix qu'il fallait faire d'un archevêque. Après un long retard, provenant d'avis opposés, on tomba d'accord pour décider que la dignité de premier pasteur serait conférée à l'un des trois abbés de Cîteaux que nommerait eudes, évêque de Paris, ancien chantre de l'église de Bourges.

Eudes passa alors une nuit en prière dans l'église de Notre-Dame de Sales. Le matin, après la célébration de la messe, il lui fut révélé avec évidence que Guillaume, abbé de Châlis, devait être choisi. tandis qu'il sortait de l'église, afin de proclamer l'élu, il rencontra des délégués du Chapitre se rendant au devant de lui pour qu'il voulut bien désigner ce même candidat, dont le nom venait de rallier tous les suffrages. Il apparut alors que le choix était la conséquence d'un appel divin plutôt que d'une élection humaine.

Investi, bien malgré lui, des insignes épiscopaux, Guillaume se soumit à la charge, non à l'honneur, de la dignité qui lui était conférée, et pratiqua, comme par le passé, l'humilité, la mortification, la piété, le zèle, la miséricorde. Dans l'accomplissement de sa charge de Pontife, il ne cessa jamais de veiller avec soin sur les âmes qui lui étaient confiées ; pour les gagner au Christ il faisait en sorte que, soit par lui-même, soit par des prêtres spécialement aptes à ce ministère, les confessions fussent entendues et la parole divine annoncée. Ce saint presque toujours gai et joyeux, ce qui déplaisait à l'austérité de certains, se montrait sociable et aimable. Il avait tellement horreur de la détraction que, si parfois il tombait au milieu de quelques médisants, il coupait court leur conversation en détournant le sujet de l'entretien ; s'ils persévéraient dans leurs dires, il s'éloignait d'eux, ne voulant pas souiller ses oreilles par l'audition de paroles qui n'avaient jamais souillé ses lèvres. Éminent dans la pratique de toutes sortes de vertus, il reçut du seigneur, en récompense de ses mérites, la grâce d'accomplir, même de son vivant, des miracles éclatants. Un prêtre, chapelain de Saint Germain du Puy, près de Bourges, qui avait perdu l'usage de la main gauche depuis près de six mois, au point qu'il ne pouvait célébrer la messe fut guéri après s'être confessé au saint évêque.

La dixième année de son Pontificat, il décida de partir en croisade contre las Albigeois. Tandis qu'il faisait les préparatifs nécessaires à l'expédition, il fut surpris par un mal subit, et sentit que sa fin approchait. La veille de l'Épiphanie il voulut entretenir de sa mort prochaine son peuple assemblé en l'église de Saint Etienne. Le lieu où il parla était exposé à tous les vents ; or, comme on était au plus fort de l'hiver, son corps en fut gravement incommodé. Et cependant, comme s'il n'en eut pas besoin, il regagna son palais sans le moindre soutien. Le cinq des ides de janvier, il reçut humblement l'Extrême Onction et demanda très instamment à être fortifié par le pain céleste. Lorsqu'il vit son Maître et son Rédempteur venir jusqu'à lui, bien que très affaibli, il se leva de sa couche et, à pas pressés, à l'admiration de tous, il s'avança vers son Sauveur. il lui recommanda son agonie ; puis, ayant étendu ses bras en forme de croix et levé ses yeux vers le ciel il communia à la chair de son sauveur, avec larmes et d'un coeur contrit et humilié. La nuit suivante, tout étant bien préparé, il fit signe aux moines qui le servaient de chanter matines. une fois l'office terminé, il se coucha de lui-même sur la terre et, levant sa main, il bénit comme de coutume tous les assistants ; tout en donnant sa bénédiction, il rendit l'esprit : c'était l'an du Seigneur 1209.

Son tombeau, vénéré par la piété populaire, resplendit d'un si grand nombre de miracles, que, dix ans seulement après sa mort, Honorius III inscrivit son nom au catalogue des saints. Ses reliques, conservées dans l'église Saint Etienne, furent détruites en partie par les protestants au XVIe siècle, en partie par les révolutionnaires à la fin du XVIIIe siècle. Mais elle vivra toujours et ne cessera d'être entourée de grandes marques de piété, la mémoire du Saint Pontife, qui, peu d'année après sa mort, était déjà honoré dans l'antique Université de Paris comme le patron de la "Nation de France".